Pourquoi produire sans OGM ?

Qu'est-ce que l'autonomie alimentaire des élevages ?

L’autonomie alimentaire d’un élevage mesure le degré d’indépendance d’une exploitation ou d’un territoire vis-à-vis de l’extérieur pour l’alimentation de son bétail. Elle est exprimée par le rapport « aliment produit » /« aliment consommé », et est mesurée à l’échelle locale et pas uniquement de l’exploitation.


La dépendance protéique des élevages en Europe

Le soja est au cœur du système moderne de l'alimentation animale. Il est le corollaire de l'importance des céréales dans les rations destinées aux animaux, grâce à sa richesse en protéines et à sa teneur élevée en acides aminés (lysine).

Protéines : de quoi parle-t-on?

Les protéagineux à graines (pois, féverole) et les tourteaux d’oléagineux (soja, tournesol) ne sont pas les seules sources de protéines. Une grande partie des protéines provient des fourrages. La luzerne est une légumineuse fourragère assez répandue en France. Mais il en existe d’autres…

 Si ce couple céréales/soja peut avoir des justifications techniques, sa domination est surtout liée à des considérations géopolitiques qui ont fait de l’Union Européenne le premier importateur mondial en protéines à destination de l’alimentation animale (plus de 75%).

L'Europe a importé, 37,2 Mt de soja en 2009 dont 23,2 Mt sous forme de tourteaux de soja, principalement du continent américain. Or, 60% des cultures mondiales de soja sont génétiquement modifiées.

Bref rappel historique d'une dépendance organisée:

- 1962 : mise en place de la PAC. Les accords du Kennedy round imposeront à l’Europe l’entrée des Produits de Substitution aux Céréales sans droit de douane.
- 1975 : après un embargo sur les exportations du soja par les Etats-Unis, un premier plan protéines pour l’Europe fut mis en place. Le taux d’autosuffisance repassa à 40% au milieu des années 1980.
- 1992 : Accords de Blair House. L’Union Européenne sera contrainte de limiter ses surfaces en oléo protéagineux à 5,13 millions d’hectares.
- 1999 : Accords de Berlin qui ramènent progressivement les primes à l’hectare pour les oléo-protéagineux au niveau des aides des céréales. En conséquence les surfaces de ces cultures baissent de 10% en Europe.
- 2000 : Interdiction des farines animales qui permet de relancer le débat sur la nécessité d’un plan protéines. La Commission européenne opte pour la solution de privilégier les importations bon marché, plutôt que de produire des protéines sur le continent européen.
- 2010 Bilan de santé de la PAC, l’aide aux  protéagineux est réintégrée

Le soja se révèle alors la première porte d’entrée des OGM en Europe, auxquels les consommateurs ne se disent pas franchement favorables à l’heure actuelle. Sans oublier les impacts environnementaux, souvent irréversibles, qu’engendre la culture du soja en Amérique du Sud : une déforestation massive et une déstructuration sociale dévastatrice…


La dépendance protéique des élevages en France

(source France AgriMer)

La France est un acteur clé dans le secteur du soja en Europe. Il s'agit du plus gros importateur et consommateur européen de tourteaux, principalement en provenance du Brésil qui exporte 22% de ses tourteaux vers la France.

Ainsi sur près de 4, 5 millions de tonnes de tourteaux de soja sont importées annuellement en France, les 2/3 sont OGM. Cela correspond à 2,5 millions d'hectares, soit l'équivalent de la région Centre.

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Actuellement, les rations sont fréquemment équilibrées avec des correcteurs à base de tourteau de soja, mais celui-ci présente de nombreux inconvénients :

  • la majorité du tourteau de soja est importé du Brésil
  • les prix sont très fluctuants
  • le tourteau de soja sans OGM (PCR négatif : présentant moins de 0,9% d’OGM) rencontre de plus en plus de problèmes d’approvisionnement

Les filières tracées engrangent en outre des frais supplémentaires, directement répercutés sur le prix de vente.

Le tourteau de soja, de par ses qualités nutritionnelles, est ainsi devenu un ingrédient incontournable des rations animales et cela quel que soit le type d’élevage.  Chez les deux catégories d’animaux (les poly-gastriques ruminants et les monogastriques porcs-volailles), le soja, distribué sous forme de tourteau, est la source de protéine majoritaire puisqu’il représente respectivement 48% et 72% des apports azotés totaux fournis par ces matières premières.

Les sources de protéines végétales utilisées en alimentation animale

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Bilan des sources de protéines végétales (en Mt) pour l'alimentation animale, France campagne 2006-2007

Source : Commissariat général au développement durable – Service de l'économie, de l'évaluation et de l'intégration du développement durable, déc 2009

La production de tourteaux oléagineux en France

(sources AgriMer le marché des Oléagineux avril 2010)

Jusqu'en 2006, la France produisait à peine 2 Mt de tourteaux par an. Le potentiel de graines oléagineuses disponibles pour la trituration et la demande croissante d'huile végétale pour les secteurs industriels et alimentaires ont induit une forte augmentation de la production de tourteaux, estimée pour cette campagne à 3,2 Mt de production. Près de 68 % des tourteaux sont issus de colza et 21 % de tournesol. La substitution du tourteau de soja importé par le tourteau de colza métropolitain est une autre nouvelle donne.

La culture de soja en France  (source PROLEA)

Les industriels de l’alimentation animale qui traitent la graine entière de soja préfèrent s’approvisionner en France en raison de la traçabilité, de la simplicité et de la sécurité de l’approvisionnement liées à la proximité géographiques des cultures. Les graines de soja « extrudées », issues d’un procédé industriel qui chasse l’humidité et renforce leur teneur en protéines, sont destinées en majorité aux volailles.

Or seulement 23.000 hectares de soja ont été cultivés en France en 2008. La culture du soja présente pourtant de nombreux intérêts. Comme toutes les légumineuses (haricots, pois, luzerne,…), la plante a la capacité de prélever l’azote de l’air. Le soja permet ainsi d’économiser les apports d’engrais azotés. 75 % de la production se situent dans le Sud-Ouest, les autres 25 % sont cultivés dans l’est de la France (Bourgogne, Franche-Comté, Rhône-Alpes et Alsace).

Pour en savoir plus :

transrural initiative - n°304 dossier spécial : L'élevage peut-il s'affranchir du soja ?

transrural initiative - n°356 dossier spécial : OGM : les filières qualité se mobilisent


La situation en région Centre

(Source Agreste, DRAAF Centre)

La Région Centre, première région céréalière

La région se classe à la première place pour les surfaces cultivées en céréales oléo-protéagineux en France, avec 72% de sa SAU.

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Sur l'ensemble des COP, on constate, depuis 1989 en région Centre, une diminution mesurée des surfaces en céréales, une forte croissance des oléagineux (due au colza alors que le tournesol a chuté) et, après une augmentation initiale, une baisse très forte des surfaces en protéagineux depuis 1999.

Ces évolutions s'expliquent en partie par les modifications apportées au régime des aides compensatoires avec, notamment en 1999 (accords de Berlin), l'alignement des aides aux oléagineux et protéagineux sur les aides aux céréales.

Après avoir fortement diminué depuis 2000, les surfaces en protéagineux, pour l'essentiel constituées de pois à destination de l'alimentation animale, affichent une progression, liée en partie aux nouvelles aides mises en place. Avec plus de 20 000 hectares, ces surfaces sont cependant encore très loin de celles que l'on pouvait relever au début des années 2000 où elles avoisinaient 100 000 hectares. Cette culture est plus spécifiquement installée dans l'Eure-et-Loir, avec plus de 8 800 hectares.

La sole en pois protéagineux a plus que doublé en 2010 (49 331 ha), en lien avec la diversification des assolements et les nouvelles aides suite au bilan de santé de la PAC.

Cette production régionale est un élément fort de l'approvisionnement pour l'alimentation animale, soit par production sur la ferme, soit par achat en brut ou par achat d'aliments fabriqués.

L'élevage en région et ses besoins en alimentation

L'importance du secteur végétal ne doit pas masquer l'atout que constitue l'élevage dans la région.

Elevage
Cheptel recensement 2010
Evolution % 2000/2010
Vaches laitières
64 493
-12
Vaches nourrices
198068
-2
Chèvres
109 171
8
Brebis mères
141830
-28
Truies mères
31 541
-7
Poulets de chair et coqs
5 741 357
13

Cependant ces élevages sont répartis inégalement sur le territoire.

Les productions agricoles de la région Centre

- L'élevage bovin allaitant reste plus particulièrement présent dans le Sud de la région, notamment dans l'Indre et le Cher en limite du grand bassin allaitant du Massif Central. Ces exploitations disposent d'une surface céréalière moyenne de 14 ha et d'une surface toujours en herbe (STH) de 66 ha. 40 à 50 % de la production bovine régionale concernent la production de bovins maigres ces broutards sont destinés principalement à l'exportation sur l'Italie pour y être engraissés.

- Les exploitations en vaches laitières sont présentes principalement dans 3 bassins : au nord-ouest : Perche-Gâtine Tourangelle, au sud-ouest : Gâtine de Loche et Boichaut Nord et à l'est dans le Gâtinais, Puisaye et Sologne. La majorité associe lait, cultures fourragères dont du maïs et pour certaines des grandes cultures destinées à la vente.

- La filière caprine, forte de cinq appellations d'origine protégée et d'une transformation fermière importante (35%), renforce son cheptel dans l'Indre et l'Indre et Loire. Les élevages caprins sont encore assez souvent associés à d'autres élevages ou à des cultures de ventes.

- Pour la filière volailles finies, 61 % des volailles sont issues d'élevages totalement intégrés (de la fourniture des volailles démarrées et de l'aliment jusqu'à la livraison des volailles finies), 33 % des volailles produites l'ont été via des élevages intégrés partiellement ou non intégrés et seulement 3 % des volailles finies sont commercialisées directement sur les marchés ou à la ferme.

- Dans la région, les ateliers de production porcine sont le plus souvent connexes à des ateliers de production de céréales et d'oléoprotéagineux et, à un degré moindre, associés à des ateliers bovins viande. Il s'agit essentiellement d'exploitations fonctionnant en système céréales/porcs, assurant ainsi l'autonomie alimentaire de l'atelier porcin.

En région Centre, l'alimentation des élevages est fournie en partie par l'exploitation. C'est un avantage significatif par rapport à d'autres régions. Mais ce lien entre animal et végétal est à consolider et à renforcer pour plus d'autonomie.

Zoom sur l'élevage porcin :

Une enquête a été réalisée par ARIPORC (interprofession de la filière porc) et AIRFAF Centre-Ouest (association des éleveurs fabriquant l'aliment à la ferme) en 2009 sur l'alimentation porcine. Elle nous renseigne sur la typologie des élevages de porcs en Région ainsi que sur leur pratique en alimentation. Elle a permis une estimation des volumes d'aliments consommés à défaut de statistiques officielles.

L'élevage et le cheptel porcin régional sont répartis dans 330 élevages professionnels (700 éleveurs) sur les 6 départements. L'élevage régional compte 30 000 truies et produits annuellement 550 000 porcs charcutiers.

Le tonnage d'aliment porc est ainsi estimé à 210 000 tonnes dont 174 000 T (80%) fabriquées à la ferme et 43600 T chez des fabricants d'aliments industriels.

ariporcL'aliment porcin représente 170 000 tonnes de céréales transformées. 130 000 T de céréales sont produites, transformées à la ferme sur place sans transport. Le tonnage aliment porc représente un besoin de 42 000T de matières riches en protéines dont 35 000 T pour les éleveurs qui fabriquent à la ferme. Sans exclure complètement le soja de certaines formules pour l'aliment truies et porcelets, le besoin en pois et tourteaux de colza a été estimé à près de 42000 T. En 2009, les éleveurs fabriquant à la ferme ont utilisé 9000 T de pois, 5000 T de tourteaux de colza et 21000 T de tourteaux de soja.

Contacts :

ARIPORC Centre - Hélène Prévéral
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
http://ariporc.blogspot.com

AIRFAF Centre-Ouest
http://www.airfaf.fr/


Les CAP Filières et le soutien du Conseil régional sur l'autonomie protéique

La structuration des filières agricoles et forestières jugées prioritaires constitue un enjeu fort d'un point de vue territorial. La mesure phare de la politique agricole régionale est la création de Contrats d'Appui aux Projets de filière, communément appelés CAP'Filière.

Chaque CAP'Filière est construit à partir d'un diagnostic complet reposant sur le contexte régional (les productions, les acteurs, les savoir-faire, etc) et la prise en compte de l'environnement.

Ils permettent de créer de vraies dynamiques au sein des filières, dans une optique de gains de productivité, d'innovation et de développement durable.

Ces Contrats d'Appui aux Projets de Filières se traduisent par des aides directes aux agriculteurs (-trice)s ou futurs agriculteur(-trice)s pour certains investissements ou pour améliorer l'autonomie alimentaire à l'échelle de l'exploitation. Le soutien à l'achat de semences pour l'augmentation de la part de légumineuses dans les surfaces fourragères, dans le cadre du CAP Filière bovins lait en est un exemple.

Plus d'informations sur le site de la région Centre : www.regioncentre.fr